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Sur les Limites géographiques des Peuples
La Science politique rationnelle
Actes XVII, 24, 26 — Deutéronome XXXII, 7, 8, 9 Le Dieu qui a fait le monde et toutes les choses qui y sont, étant le Seigneur du Ciel et de la Terre, n'habite point dans les temples bâtis par la main des hommes. Il a fait naître d'un seul sang tout le genre humain, pour habiter sur toute l'étendue de la Terre, ayant déterminé les temps précis et les bornes de leur habitation. Souviens-toi des jours d'autrefois ; considère les années d'âge en âge. Quand le Très-Haut donnait leur lot aux nations, quand il séparait les enfants des hommes, il fixa les limites des peuples selon le nombre des enfants d'Israël. Car la portion de l'Éternel, c'est son peuple ; Jacob est le lot de son héritage.
I
p. 7 On peut dire que ces passages de l'Écriture définissent virtuellement tout le plan de l'Histoire de l'Humanité. Ils signifient une première phase où tous les êtres humains, issus d'un couple unique, forment un groupe ou peuple unique (les Noachides) ; puis la division de ce groupe initial unique en groupes partiels, lors de la Confusion des langues et de la Dispersion de Babel (en − 2428) ; enfin ils montrent ces groupes se séparant pour aller occuper, en partant de la région de l'Euphrate et du Tigre, toute la surface de la Terre, suivant un plan chronologique rigoureusement prédéterminé, et leurs diverses demeures avoir aussi bien, et sur un canevas géométrique assigné, été préparées et dessinées par l'Esprit de Dieu, qui en avait réglé, à cet effet, les moindres détails géologiques et géographiques.
Mais en outre et d'ailleurs, cette fixation des limites de toutes les races et de tous les peuples est subordonnée, dans le Plan divin, à l'accomplissement de la destinée d'un Peuple p. 8 choisi, Élu comme Dépositaire des Écritures ou de la Parole de Dieu, et au sein duquel doit paraître, pour être le Salut du monde plongé dans le péché, le Fils unique de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ. Ce peuple élu, c'est le peuple d'Israël, et ses deux représentants sont aujourd'hui, sous nos yeux, le peuple Juif et la Race Anglo-Saxonne.
Notre ouvrage la Mathématique de l'Histoire a tracé d'une manière géométrique essentiellement concrète, le diagramme suivant lequel, à la surface de la Terre, et en suivant une fonction du temps qui n'est autre que la Chronologie littérale de la Bible, le développement de l'Histoire s'est progressivement opéré dans le foyer asiatique-européen, depuis les régions de l'Orient prophétique jusqu'aux confins occidentaux des Îles Britanniques ; et il est désormais établi par les arguments de fait d'une science purement externe appropriée à l'Enseignement, que l'Histoire générale est un phénomène de géométrie et de cinématique prédestiné, les hommes n'étant que les instruments, chacun prédestiné aussi, qui en assurent la réalisation.
Sans trop anticiper et nous écarter de notre objet concret (les limites des peuples), nous pouvons remarquer que la vue précédente est en elle-même du même coup suffisante pour donner une définition de ce qu'il faut entendre par les vrais Conducteurs de peuples. Les hommes d'État dignes de ce nom sont ceux qui, plus forts que les passions politiques et les revendications de ceux dont ils dépendent, ou d'eux-mêmes, cherchent avant tout à connaître le Plan inéluctable, et à conformer les voies de la nation qui leur a confié sa direction, à l'accomplissement de ce Plan, puisque cet accomplissement aura lieu qu'ils le veuillent ou non, et que ce n'est, dès lors, pas à l'homme qu'il est donné de créer les événements. À cet égard, par exemple et comme l'établit la Mathématique de l'Histoire, le fait capital qui domine la situation mondiale actuelle est le Retour d'Israël dans la région de l'Orient prophétique, ce Retour affirmé tout récemment d'une manière nette par l'Établissement des Juifs en Palestine sous la protection de l'Angleterre, et p. 9 remarquable par le conflit qui, dès à présent, s'élève à son sujet entre le Monde latin (celui du Faux Prophétisme de Rome) et le Monde Anglo-Saxon. Ce Retour doit avoir lieu. C'est donc une condition inéluctable imposée à la politique générale. Dans cet état des choses, qu'ici nous présentons comme sujet d'observation, il s'agit d'ailleurs précisément, ce qui s'accorde avec notre objet, d'une question de limite et d'habitat pré-imposés par une loi.
II
Nous venons de mettre en évidence, affirmée par la Bible, l'existence d'un développement préordonné, chronologique et géographique, de l'Histoire. Nous avons maintenant, particulièrement en ce qui concerne la question des bornes géographiques, à définir d'une manière précise la nature concrète de ces bornes d'après les données de la Parole de Dieu, en rappelant encore que si des limites physiques connues sont ainsi imposées par une loi, la méconnaissance de cette loi, en conduisant à sa violation, se présentera d'elle-même comme étant la cause première et la raison d'être de la plupart des conflits entre les races ou peuples. L'obéissance à la loi, et son application, serait au contraire par excellence, un élément d'ordre et de pacification. Appuyé sur le terrain solide de faits scientifiques positifs indépendants de toute tendance, il sera possible ensuite de revenir, pour les apprécier, à la considération des luttes politiques qui commandent aujourd'hui l'action des hommes d'État et les vues bonnes ou mauvaises conseillères des historiens.
Reprenons d'après cela les indications de l'Écriture au point où nous les avions laissées.
Après le Déluge (− 2528), avons-nous dit, l'Humanité est constituée par un seul peuple, les Noachides, ayant une seule langue, — et c'est à la Tour de Babel (− 2428) que la confusion des langues amène la Dispersion du genre humain sur toute la surface de la Terre. C'est donc le langage, expression des idées et des sentiments, et manifestation des esprits et des âmes, qui est l'élément distinctif primordial p. 10 des différentes races ou peuples, et c'est à cette confusion des langues, résultat de l'état de péché de l'Humanité, que s'est opposé sous l'Alliance de Grâce, en 34, à la Pentecôte, le Don des langues par l'Effusion du Saint-Esprit.
Quelle était la langue primitive et unique des Noachides ? La Parole a ménagé un trait suffisant pour nous l'enseigner. Le fait de Babel et de la Dispersion se trouve en Gen. X, XI, repéré chronologiquement au moyen de la liste historique et chronologique de la lignée des patriarches à partir de Noé : on nous dit (Gen. X, 25) que Péleg, fils d'Héber (le père des Hébreux), reçut le nom Péleg parce que en son temps la terre fut partagée ; le terme « en son temps » ne peut d'ailleurs désigner ici que la Naissance de Péleg, moment où le nom lui fut donné, attendu que si ce terme désignait la durée de vie de Péleg, il ne désignerait pas plus Péleg qu'aucuns autres, tels Sem, Arphacsad, Schelach, Heber, Rehu, etc., qui, dans ce sens, seraient également contemporains ou possibles de la Dispersion [1].
Ceci posé, remarquons que dans la Parole de Dieu, où tout est construit et intentionnel, le fait historique lui-même de Babel et de la Confusion des langues est raconté au Ch. XI de la Genèse ; et que sa mention particulière dont nous venons de nous occuper au sujet de Péleg, nous est isolément présentée au Ch. X qui précède, dans le cours normal d'une sorte de registre de famille de la lignée de Sem, à titre d'événement remarquable arrivé pendant le développement de cette famille, et qui y avait donné lieu, à l'occasion de la naissance d'un enfant, à un nom particulier, évidemment pris dans le langage courant de la famille, et destiné à y rappeler cet événement. Ce nom a été Péleg ; or Péleg est un mot hébreu qui veut dire partage, division.
p. 11 Il s'ensuit très simplement que les Noachides parlaient l'Hébreu, et que par conséquent l'hébreu était la langue primitive et unique du genre humain, — celle dans laquelle les Oracles de Dieu, confiés au peuple élu, nous ont été ensuite conservés et transmis. D'Adam jusqu'à nous et jusqu'à la fin des temps c'est donc la seule qui aura toujours existé [2].
Poursuivons maintenant plus généralement notre investigation. Un premier point est acquis : c'est le langage qui a été et qui est avant tout l'élément de création et de différenciation distinctive des peuples. Mais il est évident qu'un tel élément était insuffisant, c'est-à-dire qu'un autre devait encore exister, capable d'assurer effectivement ensuite la séparation physique et la répartition géométrique sur le globe terrestre ; et c'est ce second élément que l'Esprit de Dieu désigne sous le nom de limites des peuples ou bornes de leur habitation.
Quel a été ce second élément ? Comme, sur une Terre présentant la surface rigoureusement géométrique de la Sphère ou de l'Ellipsoïde, un tel élément n'existe pas, il fallait nécessairement que la surface de la Terre s'écartât de cette rigueur géométrique absolue, et cela donne sa raison d'être au Relief géographique de la Terre. Comme d'ailleurs, en fait, de ce relief résulte directement la répartition des eaux (Mers, Fleuves, Rivières, etc.) à la surface du Sphéroïde, répartition qui n'est ainsi qu'un élément dérivé, il s'ensuit que ce sont bien les lignes du Relief qui donnent la réponse à la seconde question, c'est-à-dire que ce sont elles qui répondent, en y satisfaisant, à l'objet effectif de la différenciation des peuples d'abord introduite par le langage, (On peut rapprocher de cette déduction un autre pas- p. 12sage de la Parole, celui où, en Zach. III, 9, l'Esprit de Dieu représente la Terre sous la forme d'une pierre [3] dont l'Éternel grave la gravure).
On observera d'ailleurs également, quant à l'ordre de grandeur des obstacles de séparation, que ceux-ci ne devaient pas être trop considérables, afin de ne pas empêcher, quoique néanmoins au prix de quelque effort, les relations entre les différents peuples ; et que l'ordre que nous observons est justement à cet égard tel qu'il convenait. Il y a donc encore en tout ceci un objet prédestiné parfaitement voulu, et une raison d'être aux données métriques observées du relief.
Il serait facile, au prix d'un travail suffisant et d'ailleurs purement statistique, de suivre maintenant, en l'exposant, sur tout le globe la concordance des diagrammes ethnique et orographique, et de montrer que la répartition du genre humain en races est effectivement opérée suivant la règle que cette concordance impose. Dans le cadre de cet opuscule néanmoins, et sans sortir du foyer de l'Histoire générale, quelques traits élémentaires suffiront auxquels le lecteur, de lui-même pourra ensuite en joindre beaucoup d'autres.
Dans la nature de notre sujet, nous observerons quant à nous tout d'abord volontiers que le seul peuple de la série historique qui occupe une île, ce qui effectivement le sépare ainsi de tous les autres, est précisément le Peuple Élu, ou l'Angleterre dans ses Îles Britanniques [4]. Pour le reste, sur le continent, les Pyrénées entre l'Espagne et la France ; les Vosges et le Jura entre la France et la région germanique ; les Alpes entre la France et l'Allemagne, et l'Italie ; les deux versants de la Péninsule scandinave ; etc., sont des traits fondamentaux qui d'eux-mêmes illustrent le p. 13 principe d'une manière évidente et simple ; et, quant à la finalité et au fond des choses, il suffit d'un instant de réflexion pour se rendre compte qu'en effet, si par le seul fait de l'obstacle physique, c'est bien le Relief qui était destiné à régler la répartition et la séparation, c'est aussi par une disposition providentielle admirable que, le relief ayant été formé, les eaux, c'est-à-dire l'élément nécessaire à la vie, sont, par l'effet de l'Attraction du Globe, condensées dans les creux des vallées, où les ruisseaux, les rivières et les fleuves deviennent alors les axes d'installation des multiples habitats prévus par la sagesse de Dieu.
III
La conséquence pratique capitale annoncée plus haut (II) découle de ces faits, à savoir que la connaissance de la Bible comme Parole de Dieu donnerait tout d'un coup solution, en l'imposant comme venant d'une Autorité sans appel, au point le plus important duquel procèdent les conflits entre les peuples, c'est-à-dire la délimitation de leurs frontières politiques. Celles-ci, dans le point de vue biblique, doivent s'identifier avec leurs frontières naturelles, lesquelles sont maintenant définies.
Lors de l'Établissement du Règne de Christ, à la Seconde Venue (± 2180), c'est ce principe qui, dans ce domaine, servira à assurer la paix entre les hommes. Dans les siècles malheureux que nous traversons et qui, comme par un enfantement, doivent encore jusque là conduire le monde, l'ignorance ou le mépris de cette Parole, par un effet logique inverse, et dans la mesure où ils continueront à séduire ce monde de péché, entretiendront d'autant les luttes fratricides.
L'état de conflit interne et externe dans lequel à la suite de la Guerre (1914-1918), et la continuant en fait, se débat en ce moment l'Europe, rend donc plus urgente que jamais la mention d'un point de vue qui, en éclairant les facteurs en présence, peut les solliciter dans une voie rationnelle. Cette voie d'ailleurs n'est réellement et utilement praticable que si l'on a commencé par l'éclairer elle- p. 14même par une vue précise de la situation historique générale telle qu'encore une fois, et seule, peut la faire connaître la Parole de Dieu.
Déjà à plusieurs reprises, et notamment dans notre livre La Bible : Un Miracle, nous avons défini cette situation ; mais dans l'état d'ignorance générale où se trouve à cet égard le monde, il n'est nullement inutile d'ici nous répéter.
Les Anglo-Saxons sont les Descendants des dix Tribus de la Maison d'Israël, et, par conséquent, les Juifs les représentants d' « Israël » ou du Peuple Élu ; et nous sommes à cette époque critique de l'Histoire du Monde où, se retournant vers les régions de l'Ancien monde prophétique, — (séparé jusqu'ici du foyer européen par les Arabes et les Turcs, dont les apparitions comme puissances historiques, constituent les deux premiers des trois « Malheurs » de l'Apocalypse,) — la civilisation chrétienne va refluer vers ces régions, — le trait caractéristique de ce retour étant le Rétablissement des Juifs en Palestine sous l'égide de l'Angleterre et des États-Unis, et l'occupation par Israël tout entier, du Nil à l'Euphrate, de la portion promise dès le commencement à la postérité d'Abraham.
Or, de même que l'Angleterre est le descendant de Jacob, l'Allemagne n'est autre qu'Ésaü ou Edom, le frère de Jacob. Celui-ci a supplanté son frère, et l'autre, dans une compétition égale, veut lui barrer la route, en aspirant au même but : la domination du monde [5].
La guerre de 1914-1918, dont tous les caractères de temps et de lieu sont, ainsi qu'il est démontré dans La Bible : Un Miracle, marqués du signe de l'Éternel, a été p. 15 un duel entre Esaü et Jacob, duel qui s'est terminé à l'avantage de ce dernier.
Mais en même temps, et comme le Peuple élu est aussi le champion de la Révélation de Dieu et le Défenseur de la Religion de Christ, l'action dont Edom a été l'instrument a été un châtiment infligé par l'Éternel au monde opposé du Faux Prophétisme, c'est-à-dire au monde latin dont la France, en sa qualité de peuple chef de la période précédente, s'est présentée ici comme le représentant attitré. C'est ce monde latin, en particulier la France, qui se trouve désigné dans la Prophétie (voir notamment Esaïe XIX) par le nom d'Egypte. Quant à la Belgique, elle n'est autre que Moab (donc le descendant de Loth, neveu d'Abraham) ; et le frère de celui-ci, ou Ammon, est la Hollande.
C'est à cause de son apostasie, après qu'il avait été visité comme il l'a été au temps de la Réforme [et bien avant (Vaudois)] par la lumière de l'Évangile, et de son asservissement, depuis persistant, au Faux Prophétisme romain, que Moab a été frappé dans le cataclysme préordonné par l'Esprit de Dieu. Ammon au contraire a été épargné, car pour lui, — jusqu'ici — cette raison n'existait pas.
On remarquera, en rapport avec la notion de distribution géographique, que l'ensemble Angleterre, Belgique, Hollande, Allemagne, France - Monde Latin, que nous venons d'envisager est, si l'on y songe et l'orientation relative des termes composants, en correspondance, terme pour terme, avec l'ensemble biblique géographique : Palestine, Moab, Ammon, Edom, Egypte, cette vue se complétant d'ailleurs encore en ce que, de même qu'Israël avait sur son flanc gauche les Cananéens-Philistins, semblablement l'Angleterre a dans cette même région le brûlot, également idolâtre, de l'Irlande et de ses Fenians (Phaenicians).
IV
La désignation géographique prédéterminée se retrouve même, et en élevant encore le sujet, jusque dans la répartition, concernant les tendances spirituelles, des groupes les plus étendus qui constituent l'Humanité ; groupes p. 16 dont la vue, sous l'opposition du Nord et du Midi, sert d'argument fondamental au développement ordonné du Chap. XI de Daniel. Il s'agit, extérieurement, dans ce chapitre, d'antagonismes politiques, c'est-à-dire de l'antagonisme qui en effet si visiblement existe entre le Nord et le Midi de l'Europe, entre le Monde Anglo-Saxon, germain et scandinave, et ce qu'on appelle le monde latin ; mais de cette opposition même la cause réelle et profonde ne doit pas être cherchée autre part que dans l'influence exercée sur les esprits par la Bible et l'Évangile de Jésus-Christ. L'Évangile, en faisant rentrer l'homme spirituel, suscite en même temps l'homme réfléchi et supérieur, et son initiation, même à la prendre immanente et inconsciemment reçue, impose à tout le milieu son caractère et son niveau. Un milieu qui au contraire reste en dehors de cette empreinte et du sérieux de la doctrine de Christ, se présente en quelque manière par rapport au premier, comme ce que l'Ame animale est à l'égard de l'Esprit, et il est alors presque impossible qu'en dépit des plus brillantes facultés et des produits séduisants de ces facultés de l'âme animale, ce milieu ne soit, aux yeux de cet Esprit conscient, jugé pour ce qu'il est en effet, c'est-à-dire d'un degré inférieur. Tout le théâtre du catholicisme romain [6] par exemple, en cette qualité de théâtre n'inspire que du dédain à la forte religion et au sérieux chrétien du Protestantisme ; mais ce dédain est en outre bien près du mépris quand il s'adresse au troupeau de ceux qui, p. 17 après avoir connu la vérité, se sont ensuite laissés surmonter par l'erreur. Tel est à cet égard en Belgique le cas de notre situation par rapport à nos frères les Hollandais (Ammon). Ceux-ci nous aiment peu ; or, il faut bien le dire, cela vient, au fond, de ce que, à tort ou à raison, ils ont peine à nous estimer, ne comprenant pas, eux qui sont restés fidèles, qu'un peuple qui après avoir connu l'Evangile a été persécuté comme nous l'avons été, soit aujourd'hui le plus asservi qui soit à ceux qui l'ont ainsi frappé et aussi honteusement courbé sous leur joug ; tellement ignorant d'ailleurs de la pure doctrine de Christ et des Ecrits Sacrés que lorsqu'il n'abonde pas dans le sens des idolâtries du Faux Prophétisme romain il ne connaît d'autre issue que les médiocrités et la pauvreté de pensée de la Libre pensée, du Philosophisme positiviste, ou, pour le mieux ou le pis, du Protestantisme libéral.
Cette opposition des esprits dont nous venons de mentionner des traits de détail, appartient, avons-nous dit, à un vaste ensemble. Ainsi le Nord de l'Europe (et de l'Amérique) est actuellement occupé par les descendants de Sem, détenteurs et missionnaires des Ecritures ; le Midi ou le monde latin, habitat de Japhet, constitue un milieu semi-païen ; et dans les régions plus méridionales encore sont relégués les descendants de Cham ; — tout cela réalisant la stature de l'Homme symbolique de Apoc. I qui s'élève des régions équatoriales jusqu'aux régions boréales, le centre dominateur p. 18 et intelligent, le cœur et la tête de l'Homme spirituel, de celui qui juge toute chose et nul ne peut le juger, occupant ainsi le Nord.
C'est la partie japhétiste moyenne qui est le siège naturel du Faux Prophétisme, opposé et supplantateur de la Parole de Dieu, de la Bible et de Christ. De même en Amérique, le Nord sémite est chrétien évangélique, et le Sud japhétique un des milieux de culture privilégiés de l'hérésie romaine.
V
À l'opposition profonde du fonds spirituel correspond d'elle-même une opposition aussi dans la manière de concevoir, et celle-ci a pour conséquence directe une différence radicale d'attitude dans l'ordre de l'action politique. À cet égard et par exemple, une des marques de l'esprit latin actuel c'est, à raison d'un champ borné (qui, sans doute à cause de cela même lui fait paraître les choses plus claires), de tout enfermer dans quelques formules impératives au moyen desquelles il lui est bien aisé de prouver qu'il a raison ; et cantonné dans la sphère étrécie d'une justice propre, où il ignore Dieu, il en arrive dès lors à estimer très sincèrement qu'il appartient à l'homme de déterminer les événements. Cette tendance aux solutions de principe où son cerveau lui paraît vaste dans la mesure où il le remplit de lui-même, fait que sûr et content de son génie et des qualités de sa race, dont il parle volontiers et continuellement, il en arrive, avec la même sincérité intellectuelle, à perdre p. 19 totalement de vue qu'il a lui-même des devoirs et des responsabilités devant Dieu, des fautes et des crimes collectifs à se faire pardonner, et que ces fautes et crimes ont appelé et sans nul doute méritaient des châtiments. Ainsi aveuglé et ayant, comme le dit l'Écriture (Es. XIX), par sa propre faute perdu le sens des choses, il lui est naturellement impossible de rien comprendre aux faits qui constituent le cadre mouvant du monde, et dès lors d'y régler ses actes d'une manière rationnelle.
Dans les milieux spirituels au contraire où l'homme, enseigné par les Écritures de Dieu, sait qu'il est impossible à l'homme d'enfermer la justice dans une formule humaine (celle de l'homme naturel), qu'il faut dès lors se résoudre à ne pas tout comprendre, et que ce qu'on peut comprendre et savoir du plan de l'Histoire, et par conséquent du sens réel des événements, est uniquement ce que nous enseigne à cet égard la Parole, tout porte à une sage réserve dans l'appréciation des jugements de l'Éternel ; et tout au moins peut-on dire que l'idolâtrie de la glorification humaine n'y ayant point de lieu naturellement préparé, la vue des faits et leur mesure y sont d'elles-mêmes plus justes et plus pondérées.
VI
De l'ensemble des considérations précédentes se dégage en résumé l'Enseignement qu'il existe, indépendante des spéculations humaines, une Science politique imposée p. 20 par les conditions externes du développement de l'Humanité à la surface de la Terre ; que cette Science est tout entière contenue dans la Bible et définie par elle, dans ses éléments tant d'espace que de temps ; et qu'en dehors d'elle il est impossible à l'homme, c'est-à-dire aux peuples et à leurs dirigeants, d'orienter leurs actes d'une manière rationnelle, et partant favorable au bien. Quant à l'application qui en sera faite, la Prophétie en même temps nous avertit que la méconnaissance ou la violation des lois qu'ainsi cette Science impose, persisteront jusqu'à l'Avènement du Règne ou à la Seconde Venue, et c'est donc seulement dans la mesure où, par l'influence isolée et les avertissements de la Parole de Dieu, le coëfficient d'intensité du Mal sera réduit, que les conséquences funestes seront conjurées. En terme principal, la corruption spirituelle et par suite le désordre politique et social iront en croissant, et la cause comme la caractéristique essentielle en sera, sous le nom de la Grande Babylone ou Cité de Confusion des Derniers temps, la compromission de plus en plus accentuée et générale du Peuple élu, héritage de Dieu, avec le Faux Prophète ou l'Antichrist, dont le représentant attitré est le Pape romain.
La raison prédisposante de cette continuation et de cette persistance du Mal, se trouvera en ce que rien que la possibilité de la Connaissance de la Science politique dont il s'agit viendra se heurter à l'obstacle des dispositions personnelles, vanité ou orgueil national, des peuples qui devraient en admettre tout d'abord au moins l'examen. Ainsi p. 21 semble bien devoir être le cas par exemple pour la Loi de Brück concernant la succession des Peuples chefs. En mettant en évidence, comme tel, le rôle actuel de l'Angleterre, et montrant que la France a, à cet égard, accompli son terme ; en établissant qu'il en est de même, par le rang qu'il a occupé dans la série au Moyen-Age, pour le pouvoir temporel de la Papauté ; par le seul fait qu'elle expose clairement cela, cette Loi élève devant elle des difficultés sur la puissance desquelles, à cause de leur nature, il est superflu d'insister. Tout ce à quoi on peut prétendre en en espérant quelque chose, c'est donc actuellement l'atteinte de quelques esprits plus indépendants que d'autres, et, obéissant aux prescriptions de l'Écriture, de faire, au moins à ceux-là, connaître tel quel son Enseignement.
VII
D'ailleurs, et toujours dans la vue qui précède, si l'on se place à un point de vue didactique pratique, et qu'on recherche des résultats utiles immédiats, il y aura lieu de distinguer dans cet Enseignement, à côté des grands traits du plan de l'Histoire dont il vient d'être question, précisément les données particulières plus concrètes desquelles nous étions p. 22 d'abord partis, et dont la considération était la raison première de cet opuscule ; nous voulons dire la condition, indépendante de la volonté des hommes, qui par un élément physique, le relief de la Terre, est dans le plan divin destinée à leur fixer, en les leur imposant scientifiquement, leurs frontières politiques.
Un travail d'ensemble sur ce sujet consisterait, nous l'avons dit (II), à dresser sur le Globe, pour chaque région, la carte des lignes de faîte ou de séparation des eaux, et à y comparer ensuite la carte ethnographique. Ici, où il ne peut être question d'une tâche aussi étendue, il sera aussi bien et d'intérêt amplement suffisant d'illustrer le sujet par quelques observations sur des points qui touchent de près aux événements actuels. L'un concerne, en Belgique, la tendance au séparatisme entre Flamands et Wallons ; et l'autre la question, autrement brûlante par son importance pour la situation générale du monde, de la question séculaire de la limite entre l'Allemagne et la France.
Rien n'est plus frappant chez nous, pour mettre en évidence ce principe biblique du relief dont nous nous occupons et son utilité critique, que l'existence de nos deux fleuves, la Meuse et l'Escaut, servant d'axes aux deux éléments caractéristiquement opposés de la Wallonie et de la Flandre, éléments tellement dissemblables qu'il a fallu en 1830 le facteur puissant de l'élément religieux pour en former, dans un ralliement contre l'élément de même nature, mais, opposite, du Nord, un ensemble artificiel présentant temporairement quelque solidité apparente, et dont le meilleur principe de protection est actuellement l'existence de la Monarchie. La frontière théorique entre ces deux parties constituantes et opposées, c'est-à-dire la ligne de faîte, aisée à tracer, de la séparation des eaux, met, par exemple,p. 23 de manière incontestable Bruxelles, ou la capitale du pays, dans la zone flamande.
On peut remarquer que le principe aurait une portée bien plus étendue encore s'il s'agissait d'établir (et sans nul doute, dans l'avenir, la question, au sujet de la Flandre, se présentera) la limite rationnelle entre la Belgique et la France. La ligne de séparation — c'est d'ailleurs ce qu'indique déjà d'elle-même la dénomination de Flandre portée par une région du Nord de la France — est le seuil de séparation des eaux qui, partant du Griz Nez, à l'Ouest de Calais, déverse d'une part vers le Nord les eaux de la Lys et de l'Escaut, de l'autre vers le Sud celles de la Seine et de l'Oise.
Pour la séparation rationnelle entre la France et l'Allemagne, la solution est encore plus évidente dans sa brutalité scientifique. Cette séparation imposée, c'est la ligne des Vosges. Tout le Rhin est essentiellement germanique [11],
p. 24et en outre la délimitation est ici aussi nette au point de vue du langage qu'en ce qui concerne la ligne géographique. De même tout le bassin de la Moselle, et par conséquent Metz, est allemand. Ainsi la prétention française de considérer le Rhin comme la frontière naturelle de la Gaule est antiscientifique [12]. Si, au temps de César, la Gaule s'étendait jusque là, c'est le fait de ce qu'à travers les temps la compétition des deux races a déplacé la frontière tantôt en deçà, tantôt au-delà de la limite naturelle préordonnée, et c'est de ce que le conquérant romain l'a trouvée alors telle que la mentionnent ses Commentaires.
L'époque de Constitution définitive 1870-1871 a rétabli les bornes normales qu'avait anormalement déplacées l'expansion violente de l'Apogée français sous Louis XIV. Le mouvement actuel de 1914-1918, comme nous l'avons déjà dit, duel entre « Jacob » et « Esaü », au commencement de la Phase de préorganisation de l'Angleterre, et qui s'est terminé à l'avantage de cette puissance, dernier peuple chef de la série historique, vient de provoquer de nouveau le reflux anormal de la ligne de séparation. L'impossible Traité de Versailles, dont il était dès l'abord visible qu'il ne serait jamais viable, a, par le secours en outre d'une interprétation abusive, accentué encore ici les prétentions de l'erreur, par l'occupation de la Ruhr consécutive à celle du Rhin. Il y a une Science politique comme il y a une Science mathématique, et au nom de prétendus principes de droit, on peut (l'« Egypte » de nos jours en aura offert, portant étiquette unique, les illustres exemples) voir faux et déraisonner très logiquement dans l'une comme dans l'autre. Il est très certain sans doute, et d'une part, que, grâce à ces errements mêmes, l'orgueil national du peuple germain a, conformément à la prophétie d'Abdias, été abaissé et
p. 25châtié ; mais il ne l'est pas moins, ainsi qu'on le sait par Esaïe, que jusqu'en 1963 ce peuple, ou « Edom », restera l'instrument de la colère de l'Éternel, et il faut, comme le monde latin, tout ignorer de l'Écriture pour ne pas s'être rendu compte que la Guerre dont les suites hantent en l'inquiétant la pensée du monde entier, a été un premier châtiment exercé contre ce monde latin lui-même ; dicté par la volonté de Dieu, il restera effectif ; et dans de telles conditions il était trop à prévoir qu'un grand peuple qui a en fait, humainement parlant, plutôt non réussi qu'il n'a été vaincu, capable de supporter l'épreuve qui aujourd'hui l'accable, et dont la force, puisée dans l'énergie au travail qui lui est propre, ira de nouveau sans cesse croissant, opposerait tout entier et sous toutes les formes une invincible résistance ; décidé, dans le sentiment très fort de sa dignité nationale, à ne jamais se laisser enlever son patrimoine prédestiné, et à rendre finalement, comme il apparaît, toutes les tentatives inopérantes.
La Belgique, dans son obstination à s'attacher au monde latin, a subi avec lui le premier châtiment voulu et déterminé dont il est question. La destruction de Louvain, centre intellectuel et citadelle du Faux Prophétisme, en a été, parmi d'autres, un des témoignages immédiats les plus caractéristiques. La petite portion de territoire qui, après la Guerre, est revenue à la Belgique (d'une manière assez inutile d'ailleurs, puisqu'elle n'en avait nul besoin, et qu'il aurait suffi à la dignité de notre pays de s'être défendu bravement comme il a fait, sans rien demander de plus), est, au point de vue scientifique, de revendication légitime ; elle se trouve légalement délimitée par la règle indiquée des lignes de faîte. Mais au point de vue de la tendance politique générale de la Belgique depuis la Guerre (et ici va d'ailleurs et par contre également intervenir une donnée critique d'ordre géographique) il importe de signaler très nettement, comme déjà nous l'avons fait dans La Bible : Un Miracle, que cette tendance a été la négation et le contrepied de ce que lui ordonnait l'Écriture, et que dès lors et malheureusement pour elle rien de bon n'en peut finalement
p. 26résulter. D'après l'Écriture en effet (Es. XVI), c'est de l'Angleterre, non de la France, que la Belgique aurait dû se rapprocher quant à sa manière d'envisager la situation et de se comporter ; et c'est évidemment l'ignorance où notre pays se trouve concernant la science biblique, et le courant de fausse religion et de fausse philosophie où il est entraîné, qui ont d'une manière immanente amené cette direction qui lui sera funeste. Une donnée de science politique externe, c'est-à-dire concernant le diagramme de géographie politique imposé, aurait pu en outre servir ici d'avertissement et d'indicateur à la Belgique. Il s'agit du fait que la ligne de séparation d'avec la France, constituant le seuil qui se termine au cap Griz-Nez, se prolonge et va former l'arête de base de l'Angleterre jusqu'au Land's End, en unissant ainsi l'Angleterre à la Belgique dans une commune séparation d'avec le monde latin.
L'attitude qu'a, en fait, prise la Belgique, et sa voie politique néfaste, se trouvaient d'avance explicitement annoncées dans la Prophétie d'Ésaïe (Es. XV, XVI) ; et l'intervention nécessaire de l'Écriture dans l'appréciation saine des événements explique également d'elle-même, dans la manière d'envisager la situation, l'attitude, opposée à celle du monde latin, des milieux évangéliques du Nord de l'Europe, nourris de la connaissance de la Bible. En présence des agissements actuels de la France et de la Belgique sur le Rhin et dans la Ruhr, ce n'est pas seulement, il faut bien le dire, le caractère d'arbitraire appuyé sur la force, la vue de la résistance d'une nation composée d'hommes libres et qui se refusent à se courber sous le joug de l'étranger, qui, en dépit des griefs accumulés par les nations à côté du droit immense orgueil national, orgueil que l'Écriture elle-même condamne, dans une Autorité n'appartient à aucun homme, dans le livre entier d'Abdias, acquièrent au peuple germain les sympathies des pays du Nord ; c'est, en ces pays, dans le point de vue du Règne de Dieu, la certitude, tout au moins le sentiment confus, que justice purement humaine du doit et avoir, exercée comme si le monde appartenait aux
p. 27hommes, n'est point la vraie justice ; que, pour tout dire, le monde latin, dans l'occurrence actuelle, ne mérite pas, comme s'il était lui-même la justice incarnée sous les traits de laquelle il prétend se présenter, qu'on lui reconnaisse la légitimité de ses revendications. Ce monde a été frappé par le Jugement et la Justice de Dieu, et c'est bien à lui qu'il faudrait dire que devant Dieu d'abord il fasse acte de contrition et reconnaisse ses propres fautes s'il veut, après la repentance, être admis à faire valoir les droits d'une légitime rétribution.
Ce qui provoque concernant les actes politiques externes dont nous nous occupons, la désapprobation des pays du Nord et en tout premier lieu du monde Anglo-Saxon, c'est donc que sur les choses profondes, et ces actes n'étant ici qu'une conséquence et un reflet, le point de vue de l'« Égypte » est faux. D'ailleurs la Justice absolue pour laquelle tout est présent n'oublie pas et ne peut oublier : Qu'on se place dans son point de vue. Qu'en rapport avec le sujet l'on compare deux faits concrets. Moins de trois siècles sont écoulés depuis que la France a signé virtuellement sa déchéance en reniant dans la Réforme la Parole du Dieu vivant. La Révocation de l'Édit de Nantes est de 1685. En 1686 un Édit de Louis XIV daté du 1er juillet déclare : « Quiconque assistera aux Assemblées sera puni de mort. » Et dans les mêmes temps, comme on le lit aujourd'hui même au fronton de l'Église calviniste française élevée, à la place d'honneur, au centre de Berlin, la Germanie
p. 28donne asile aux réfugiés huguenots, et sur le fronton du Temple qu'elle érige pour eux, inscrit aux yeux du monde ces paroles :
« A la Gloire et à l'Honneur de Dieu.
» Sous la Protection des Hohenzollern » [13]
En comparant le glorieux retour à l'Évangile réalisé au cours de la dernière période historique quinquaséculaire, à la corruption spirituelle et à la perversion du Christianisme que constitue le système catholique romain, le monde ne pourra jamais oublier qu'Edom aussi bien que Jacob a fait la Réforme, que dans Anglo-Saxons il y a Saxons, et que l'éternel honneur appartient à l'Allemagne d'avoir produit Luther.
VIII
Nous venons d'analyser la manière dont les Écritures établissent par des données concrètes positives les règles d'une Science politique rationnelle, concernant la répartition géographique des différents peuples, et l'orientation que la connaissance du plan de l'Histoire devrait imposer à leurs rapports et à leurs agissements. Ces Écritures nous annoncent en même temps néanmoins que l'Humanité ne se conformera nullement à cet enseignement bienfaisant, et que, par suite, le mal et les désordres sociaux de tout ordre iront en croissant et empirant, jusqu'à ce que, au Second Avènement (± 2180), le Seigneur Lui-même vienne établir sur la Terre Son Règne de Justice et de Paix.
Le vrai sens de l'état actuel du monde, ou sa raison d'être cachée au monde jusqu'à cet Avènement, c'est de réaliser l'enfantement et le rassemblement des Élus ou de l'Église de Christ, comme organisme destiné, lors de l'Établissement du Règne et au cours de ce Règne lui-même, à y servir d'instrument administrateur. Le complément naturel de
p. 29l'étude que nous avons jusqu'ici poursuivie est donc maintenant, après que nous avions considéré l'activité politique des peuples, d'envisager quelle doit être, dans le milieu qui en résulte, la conduite individuelle, ou la politique aussi, des hommes qu'y a éclairés la lumière de la Révélation.
Tout étant déterminé, ils peuvent s'y considérer comme des éléments à quelque égard étrangers, engagés dans un engrenage dont le moteur est remonté, dont les mouvements s'effectueront inéluctablement suivant une loi du temps définie, les différents rouages figurant ces peuples que l'Écriture, à raison de leur nature animale, nous représente sous la forme d'« Organismes Animaux » ou « Bêtes ». La condition de ces hommes ainsi engagés, est de désirer et espérer, par la Grâce de Dieu et l'œuvre puissante de Jésus-Christ, après les jours mesurés qu'il leur reste à vivre, avoir part, lors de l'Avènement du Seigneur, à la Première bienheureuse Résurrection d'entre les Morts, pour, étant délivrés du Péché, être en état de le servir dans son Règne.
Or ayant, dans ces Derniers temps de l'Histoire, reçu de l'Infinie bonté de Dieu un corps entier de vérités externes qui, en écartant désormais tous les obstacles accumulés par leurs esprits, assure une joie entière à la paix de leurs âmes, il s'agit pour eux de connaître, toujours par la Parole de Dieu qui leur est laissée pour guide, la voie qu'ils doivent personnellement tenir dans ces conditions assignées.
Le meilleur moyen peut-être de résoudre ce problème consiste à examiner, par opposition, quel devrait logiquement être dans le milieu, l'état d'esprit d'un homme pensant et cultivé, mais privé de ces mêmes lumières. Or, il semble bien que, dans cette hypothèse, il n'est pire déviation qui ne doive alors solliciter une âme quelque peu énergique et conséquente, car tout va procéder chez elle, en principe, de la révolte naturelle de l'esprit, dont l'essence est la liberté, contre la contrainte que les hommes eux-mêmes, dont toute l'ambition, petits ou grands, est de dominer les uns sur les autres, et, comme autrefois, de se faire dieux, s'ingénient à tirer des conditions d'inégalité naturelle de leur temps
p. 30d'épreuve. Ainsi que l'enseigne l'Écriture, l'existence même des nations différentes est une conséquence du Péché originel, c'est-à-dire déjà un Mal ; mais c'est ensuite le péché individuel et plus accusé des hommes qui, par exemple, de la condition résultante et imposée du Patriotisme, lequel ne devrait être autre chose ici qu'une notion particulière d'amour et de fraternité, ont engendré et conçu les monstres du Nationalisme militariste et de la Haine des races. Ces idoles dressées ont ensuite aisément trouvé leurs prêtres dans des Dominateurs, et ceux-ci, pour réussir, ont découvert deux moyens principaux d'action, savoir :
1°) en exploitant la tendance naturelle des hommes à l'idolâtrie, de les persuader que ces idoles sont des dieux légitimes ;
2°) contre ceux qui résistaient à cette usurpation, l'emploi de la Force qui, par les corps, emprisonne les âmes. En outre, comme il n'y a point de satisfaction possible quand on n'a pas raison, ils ont perverti dans l'esprit des masses la notion de la Justice absolue, en l'y remplaçant par autant de justices locales et relatives qu'il était nécessaire à leurs divers cadres d'activité ; et cela de telle manière qu'aujourd'hui il suffit de dépasser sur les routes une certaine ligne conventionnelle pour que, la même action provoquée par les mêmes mobiles s'étant produite, un observateur placé d'un des côtés l'estime d'une part forfaiture ou traîtrise, de l'autre acte de héros [14].
p. 31 Si la justice varie ainsi dans l'espace, elle fait de même dans le temps, car dans un même pays les mêmes serments solennels de fidélité inébranlable sont exigés de tous les serviteurs de régimes successifs radicalement opposés ; et tout le monde doit changer de principes comme on change de vêtement. Les récalcitrants, quand le pays est très civilisé, sont seulement emprisonnés ou expulsés avec leurs familles, et par beaucoup d'autres l'institution immorale du serment civique obligatoire devient une école pratique de faux témoignage moral.
Quant aux phases changeantes de l'évolution politique, auxquelles il convient, ou non, d'adhérer, il n'y a, en fait, d'autre règle de choix que le Succès.
Un révolutionnaire qui, en violant les lois de son pays, tente d'y renverser l'ordre social établi, est, suivant ou non qu'il réussit, considéré comme un grand homme ou comme un malfaiteur [15].
En présence de cet état de choses, où les hommes se mentent continuellement les uns aux autres, et où un ordre relatif n'est parvenu à s'établir qu'en remplaçant les hommes eux-mêmes, qu'on aurait eu peine à faire respecter, par des
p. 32étiquettes qu'ils portent, celles-ci minuscules et impersonnelles idoles qu'alors on consent à honorer, consentement d'ailleurs par la force publique, en suivant d'office leurs prescriptions automatiques, on ne peut raisonnablement exiger de l'homme de notre hypothèse, c'est-à-dire privé de tout idéal et de tout mobile d'ordre supérieur à celui de ce milieu lui-même, qu'il ait pour lui l'admiration bénévole qu'on voudrait, dès qu'il a assez d'observation scientifique pour apercevoir les atteintes révoltantes de ce milieu contre la vraie Justice, ou ses déviations ridicules en dehors de la Raison.
De là naissent, et cela s'explique assez, dans certains cerveaux, mais qui connaissent et apprécient évidemment fort mal les données du problème, le besoin utopique de réforme sous les seuls efforts des hommes. Tels l'Anarchisme destructeur, l'ultra-socialisme tyrannique, ou le Communisme idéal qui voudrait supprimer jusqu'aux nationalités, — toutes tendances où, d'ailleurs, quelque idée au fond ou généreuse ou juste trouve écho dans le cœur humain et donne séduction à l'erreur, l'Anarchisme lui-même ayant ainsi ses héros et ses martyrs décevants.
Dans l'ordre purement intellectuel, cette même vue enfin ou conviction de l'inanité des institutions humaines, conduit, parallèlement, à un nihilisme raffiné qui berce agréablement la vanité dans le sentiment de la supériorité de l'esprit, et fait dire avec une heureuse lassitude, à des gens qui, à tous autres égards, ne manquent de rien : « Que sais-je ? » Famille, Patriotisme, Religion, il n'y a rien ; et Sirius se soucie bien de nous ! c'est le dédain transcendant d'un Renan, ou, à un niveau moins élevé encore, l'amoralité intellectuelle d'un Anatole France.
Arrivé à ce point, quelque observateur ordinaire aura sans doute assez de bon sens pour remettre d'instinct tout ce monde à sa place ; mais est-il bien assuré que si, pour lui aussi, l'amertume prend racine, du fait de ce milieu, dans ses propres intérêts blessés, et l'arrache à un indifférent optimisme, sa facile grandeur d'âme sera à hauteur pour faire taire les revendications et les protestations, alors, à ses yeux, tout aussi justifiées, de ce même sens commun ou raison, et que la révolte, comme chez d'autres, ne prendra pas lieu dans son âme ? Cela est trop évident et trop malheureusement vérifié par l'expérience ; et trop certain que, sans une vue supérieure qui, en appréciant le vrai rapport du Fini à l'Infini, s'explique, mais le dominant, le vide très réel des choses qui conduisent ainsi le monde au Néant, aucune solution ne se découvre de la situation en apparence inextricable où chacun de nous se trouve engagé. Mais cette vue existe, et la solution demandée. Cette solution consiste à
p. 33accepter tel quel cet ordre des choses (Races, Peuples, Frontières, etc.) et ses conséquences, — ordre d'ailleurs ennobli par le devoir qu'il impose du sacrifice personnel dans la garde et la défense de ceux qui nous sont chers, et ordre que nul ne peut supprimer, — comme voulu, en punition du Péché, et établi, par Dieu Lui-même qui nous y a placés [16].
En dehors de cela il n'y a que Fantôme et Néant, et on le voit bien si, sortant de la région relativement heureuse des simples ennuis sociaux, on se transporte aux circonstances et aux heures tragiques où, dans la pleine conscience, il s'agit, au nom de cet ordre même, de donner son tout [17].
Cette solution et cette doctrine paraissent clairement être celles de l'Écriture. Elles se résument en effet dans : la parole du Seigneur Lui-même concernant ce qui, dans l'ordre humain, est dû « à César » (Matt. XXII, 21) ; dans le conseil, pour ne pas scandaliser l'âme animale de la Société, de se conformer à ses exigences civiles (tant qu'elles sont indifférentes, c'est-à-dire non contraires à l'Esprit de Dieu) (Mat. XVII, 24-27) ; d'honorer de même, dans leur ordre, les puissances constituées (Rois, Gouverneurs, Présidents, etc...),
p. 34qui subsistent (Rom. XIII, 1, 2) est-il dit, c'est-à-dire qui ont réussi à assurer pour un temps leur domination ; car elles pourront être suivies d'autres, radicalement opposées dans leurs principes, mais dans leur temps, tout aussi légitimes.
Mais si la première parole du Seigneur conseille d'accorder « à César » ce qui lui revient, une seconde, bien plus impérative, et celle qui ordonne ensuite de rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et ceci, en le commandant, autorise, dans la question qui ici nous occupe, à mettre, au nom de ce Dieu, à leur place, comme le Seigneur l'a fait, les grands de ce monde qui, par la coercition matérielle, s'arrogent le droit d'empiéter dans un domaine supérieur qui ne leur appartient pas, oubliant qu'ils ne sont eux-mêmes, dans le plan insondable de l'Éternel, qu'une argile et qu'un outil (Jean XIX, 11) ; à dénoncer ouvertement la ruse de ces « renards » qui s'imaginent pouvoir faire échouer dans l'hypocrisie des combinaisons diplomatiques le plan prédéterminé de l'Histoire imposé par la loi de Dieu (Luc XIII, 32) ; et enfin à braver ouvertement, au nom de Dieu, en refusant de lui obéir (Act. IV, 19, 20) l'Autorité civile, quand délibérément celle-ci défend d'obéir à Dieu et à la Parole de Dieu.
C'est ici que les serviteurs conséquents de l'Éternel pourront apprendre à apprécier la puissance des faux dieux dont ils croyaient d'abord pouvoir s'assurer au moins l'indifférence par d'indifférentes concessions, — c'est-à-dire apprendre, comme une bénédiction, la dureté de la voie qu'il leur est encore enjoint de suivre jusqu'à la Seconde Venue de Jésus-Christ.
Qu'on observe par exemple déjà combien il est difficile au point de vue de la liberté de la pensée et de sa manifestation dans les milieux latins actuels, de se déclarer pour le plan historique de Dieu enseigné et manifesté par la Bible, sans pour le moins s'y faire passer pour suspect au point de vue de ce qu'on appelle le « patriotisme ». Et effectivement, en ce qui concerne l'opinion à professer à l'égard de la politique extérieure, cette opinion doit être chez le croyant et ne peut être, que le désir de voir le plan et la volonté de Dieu
p. 35se réaliser, c'est-à-dire, en l'occurrence et d'une manière concrète, désirer que la puissance mondiale de l'Angleterre (et des États-Unis ; Anglo-Saxons), Peuple élu dépositaire de la Parole de Dieu, s'établisse, et réduise les puissances du passé, qui constituent ce monde latin. Et si, quittant le domaine politique, on envisage délibérément ensuite le monde religieux et son problème, la situation est encore plus difficile et épineuse, car il s'agirait ici, et c'est cependant le devoir des serviteurs de Jésus-Christ, non seulement d'annoncer l'Évangile, comme nous font déjà chez nous tant de missions bien intentionnées, mais d'attaquer directement les pouvoirs qui lui font obstacle et au premier rang desquels se trouve le Faux Prophétisme du Catholicisme, sous la conduite de son Chef, le Pape de Rome ; de signaler aux populations de pays tels que le nôtre, non seulement l'existence de Jésus-Christ qu'elles ignorent comme Sauveur personnel, mais ce vaste système, — bien visible pour elles par des manifestations éclatantes, — de cérémonies extérieures auxquelles s'associent même, officiellement, les Autorités constituées et la Force publique, que ces Cathédrales et tant d'Églises, somptueuses ou non, qu'on leur fait croire être érigées par la volonté de Dieu et de son Christ, sont en réalité autant de sanctuaires où insidieusement l'Esprit séducteur de l'Ennemi du Christ élabore et dispense, pour en infecter le milieu, ces doctrines que l'Écriture appelle « les profondeurs de Satan ».
Voilà ce que disent et valent en réalité, en prenant les cornes de l'Agneau pour parler avec l'astuce du Dragon, toutes ces immenses manifestations séductrices.
Or, il est évident que ce caractère agressif de la propagande évangélique devrait ressusciter, redevenir ce qu'il a été au temps de la Réforme, et revêtir aujourd'hui l'action des vrais disciples de Jésus-Christ ; non sans doute pour maudire des hommes pécheurs comme eux, mais pour combattre impitoyablement les fausses doctrines qui les empoisonnent, c'est-à-dire pour lutter en réalité contre le Diable dont ces hommes sont les prisonniers, et les délivrer de sa main.
p. 36Nos Églises évangéliques évoquent volontiers, en se faisant complaisamment hommage de leur foi, des temps de persécution qui reviendront ; mais elles peuvent être bien tranquilles et bien rassurées si, dans le même temps, elles reconnaissent comme elles font, d'être d'église chrétienne et de sœur en la Foi, l'Église catholique romaine, dont, sans l'avouer, beaucoup envient la richesse et les moyens d'action fascinants, et l'espèce avare de piété supérieure, — étant tout simplement en cela « dans l'admiration », et, avec le monde, « suivant la Bête ».
De même en est-il dans notre monde religieux, et, ici, en ce qui concerne l'influence ambiante des Autorités humaines, des bouffées nationalistes, du chauvinisme, des revendications de droit humain, et des condamnations articulées contre nos adversaires d'outre-frontière, qui trop souvent retentissent sous les voûtes de nos Temples, par la Bible, l'identification du Peuple Élu, des Israélites, de la Maison de Jacob, avec les Anglo-Saxons, oseraient, en présence de l'interdit que cela susciterait, de la désapprobation ou protestation du sentiment national ou nationaliste de leurs auditoires, défendre l'autorité absolue et l'esprit de l'Ancien comme du Nouveau Testaments, et proclamer ouvertement ce que leur Dieu, par sa Parole, leur ordonne de dire.
Tout aussi peu, en s'appuyant sur l'Inspiration absolue de cette Parole, sont-ils disposés à affirmer et à reconnaître le caractère immuable des promesses de Dieu à l'égard de Juda ou des Juifs, contre lesquels, en certains pays dits chrétiens (et notamment Edom) dans une persécution violente, l'Église visible donne la main à un nationalisme exalté.
Toutes ces tendances ne procèdent pas de l'Esprit qui avait mandaté ces missionnaires attitrés de Jésus ; c'est chez eux cependant (auprès des catholiques il n'en faut point parler) qu'on devrait trouver l'influence bénie qui réalise ce Miracle de faire ce qui est ne soit pas, que les frontières disparaissent, qu'il n'y ait plus « ni Juif, ni Grec », ni Barbares
p. 37ni prétendus civilisés, — qui abaisse toute Montagne, et prépare un chemin aux pieds de Celui qui annonce la paix, — se souvenant sans cesse de ces paroles du dernier des prophètes de l'Ancienne Alliance, annonçant au seuil du Nouveau Testament la Première et la Seconde venues de Jésus-Christ, et inscrites par les Exilés du Peuple Elu au Fronton de leur Synagogue, dans la Capitale de « Moab » :
« N'avons-nous pas tous un même Père ? Un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés. »
25 décembre, Jour de Noël 1923.
Ch. Lagrange.
Notes de l'auteur
- Il est bien à noter en outre, pour marquer l'intention, que, entre tous les patriarches, Péleg et son frère Jockthan, les deux fils de Héber, sont les seuls dont la désignation soit accompagnée du mot explicite « nom » ; et la mention de Jockthan (en Gen. X, 25) est particulièrement instructive, car le frère de Péleg reçut un autre nom, et le premier fils Péleg seul est mis en rapport avec la Dispersion. ↩
- Il est digne de remarque que si l'Ancien Testament est écrit en hébreu, le Nouveau Testament est écrit dans la langue (le grec) qui caractérise la 7e des 12 périodes historiques quinquaséculaires de la vie de l'Humanité, (savoir : d'Adam à Noé, 2 périodes, plus les 10 périodes de l'Histoire, des Noachides aux Anglo-Saxons). ↩
- Qui est aussi la Pyramide. ↩
- British est d'ailleurs composé de deux mots hébreux qui sont ish = homme et brit = alliance ; d'où british = l'homme de l'Alliance. ↩
- Puisque cet « Edom » est le frère de « Jacob », il ne faut pas s'étonner chez lui comme chez Jacob lui-même se manifeste, et, ce qui est remarquable, chez ses conducteurs avec une énergie de fait, une conscience et un courage moral plus grands, l'affirmation que, lui aussi, est le Peuple Élu. ↩
- Il suffit, à notre sens, d'avoir vu à ROME le grand théâtre de St-Pierre, et le nid d'aigle du Vatican dont la forteresse à créneaux le domine, pour être certain que jamais le Seigneur n'a pu vouloir être sur la terre représenté par tout cela. « Est-ce cela, aurait-il dit, que vous regardez. » « Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité. » L'indignation, si l'on peut dire, s'accroît quand, sur l'Obélisque placé devant le Monument, au centre du Parvis, on lit ces paroles de l'Écriture qu'on a eu l'audace d'y inscrire : « Vincit Leo de tribu Juda », et qu'en même temps on voit les colporteurs évangéliques qui, sur la même place, s'aviseraient de répandre la Parole de Dieu, s'exposer à être arrêtés comme des malfaiteurs et conduits au poste [7]. Cela va moins mal, s'ils sont Anglais ou Américains ; ceux-ci, on est bien obligé de les respecter, car il y a à Rome une Ambassade anglo-saxonne. A ce sujet on apprenait généralement qu'en Italie, la Constitution ne consacre pas la liberté des cultes. Le Catholicisme Romain est religion d'état [8], et les autres cultes sont seulement tolérés [9]. Malgré cela les Souverains ont, de notoriété, une prédilection marquée pour les Vaudois, dont ils composent en majorité leur Maison, et vont jusqu'à les visiter dans leurs Vallées. Cette sympathie est attribuée par les uns à une tendance personnelle, assez connue, vers la Bible et la religion évangélique (ce qui ne les empêche pas, néanmoins, d'être les prisonniers du Clergé romain dans les compromissions des manifestations extérieures), et en même temps, par d'autres, à la probité éprouvée des chrétiens Vaudois, gage en outre de sécurité pour ceux qui s'en entourent. Cette dernière considération n'est nullement hors de mise dans un milieu où sous l'œil à demi-fermé, mais bénévolement attendri d'un clergé conservateur, sont tacitement maintenues les plus équivoques des superstitions, et où il est tout-à-fait dans la mentalité d'aller prier les Saints quand on veut donner un coup de couteau, afin que cela réussisse. A ceux qui contesteraient ces faits, nous conseillerons d'aller les vérifier sur place, comme nous l'avons fait nous-même. Les chrétiens américains (Méthodistes Wesleyens) ont voulu (1923) ériger sur la façade d'une petite chapelle leur appartenant [la permission d'ailleurs leur en a été refusée par les Autorités], à l'autre côté du Tibre, en face du Château St-Ange, une plaque commémorative du supplice du Pasteur Vaudois Pascal, brûlé vif à cette place en 1560 sous les yeux du Pape qui y assistait en personne. Ces temps sont loin, dira-t-on. Mais nous avons eu comme documentation le privilège de constater le fait, actuel, du brûlement en acte pie, sur une des places publiques de Rome, d'un grand nombre de « mauvais livres », parmi lesquels la « Sainte Bible » [10]. On peut toujours commencer par des livres. Le Roi d'Espagne ne vient-il pas de traverser la mer pour venir affirmer au Pape de Rome qu'il est toujours comme autrefois — donc sans doute comme aux temps de l'Inquisition — le Défenseur de la Foi romaine ? C'est sous un pareil milieu que le Roi d'Angleterre, en 1923, à la joie exultante des organes papistes, et même d'une presse libérale plus inféodée qu'on ne croit, est venu abaisser la dignité morale de l'Angleterre. Tous ces faits sont autant d'indices avertisseurs de l'accomplissement de la Prophétie, c'est-à-dire de la formation progressive de la Grande Babylone ou Cité de Confusion des Derniers temps ; et l'un des signes les plus remarquables en est également l'ignorance spirituelle des conducteurs, adéquate à la corruption spirituelle des masses. Un digne abbé, homme très cultivé, Professeur de mathématiques dans un Collège, d'ailleurs excellent Prêtre, et répandu dans les milieux ecclésiastiques où il faisait partie de commissions de canonisation, nous disait au sujet des incroyables superstitions du Pays de Naples, maintenues et entretenues par le clergé dont elle assure la domination : « Oui, vous autres, hommes du Nord, cela vous fait bien rire ; mais que voulez-vous, il en faut pour tout le monde. » Et comme, concernant l'étonnant état d'esprit religieux qu'une pareille déclaration révèle, nous lui parlions de l'esprit tout différent des Écritures, et des preuves de leur inspiration multiple : « Oui, j'ai toujours désiré d'étudier l'hébreu et la Bible ; peut-être plus tard, quand je serai retraité, je pourrai m'y mettre. » — « Mais quoi… et dans vos séminaires vous n'étudiez pas la Bible ? ! » — « Nous avons notre Bréviaire, et cela suffit ». En effet il le lisait régulièrement. Il approuvait d'ailleurs les rigueurs cruelles de l'Église au Moyen-Age et aux temps hérétiques de la Réforme, disant que l'Église avait été obligée d'agir ainsi et avait bien fait. Il est mort depuis. Voilà donc un prêtre, conducteur d'âmes, Contempteur d'hérétiques, Approbateur de superstitions et Fabricateur de Saints, qui, approuvé en tout cela par ce qu'on appelle la plus haute Autorité morale du Monde, aura passé toute son existence sans se douter, plus que cette Autorité elle-même, qu'il existe une Parole de Dieu. ↩
- Dernièrement, on n'a pu obtenir des Autorités la permission, pour un jeune homme qui voulait faire le colporteur, qu'après trois mois de lutte et en mettant en œuvre toutes les influences, mais avec défense, écrite en toutes lettres sur la permission, de faire propagande pour le culte vaudois. On marche à grands pas vers l'abolition du droit de propagande. ↩
- Comme chez nous d'ailleurs, en fait, aussi, puisqu'ici, au mépris de la Constitution, on oblige par la force des hommes à « participer à l'exercice d'un culte », et que des soldats protestants sont contraints au refus d'obéir, s'ils ne veulent pas, en commettant un sacrilège, présenter les armes à l'idolâtrie, condamnée par la Parole de Dieu, du « St Sacrement ». ↩
- La Constitution italienne, ou Statuto, dans son premier article établit que « la religion d'État est la catholique apostolique romaine » et que « les autres cultes sont tolérés ». Aujourd'hui le Fascisme tend à l'application toujours plus littérale de cet article du Statuto. ↩
- Le 27 mai 1923, après une procession dans les rues de Rome, la foule se réunit sur la place de San Giovanni in Laterano, et dirigée par un député au Parlement, l'Hon. Cingolani, fit un « auto da fé » de livres pornographiques, de Journaux immoraux, et un « auto » des Bibles protestantes qui furent brûlées en l'honneur de la Madonna (La Sainte Vierge). Ce sont là paroles mêmes de l'Osservatore romano du 1er juin ; le Journal officiel du Vatican. L'Hon. Cingolani se tenant sur les escaliers du temple de S. Giovanni, prononça un discours sur la haute signification de ce fait. ↩
- Rien n'est de nouveau ici plus frappant, au point de vue du principe, que la construction de la Suisse. Tout le Rhin avec ses affluents y est allemand ; et tout le Rhône (Vallée et Lac de Genève) est français. ↩
- « La France » proclamait Victor Hugo « la France est rhénane comme elle est méditerranéenne » ; — ce qui est à mettre au rang de ce que Sainte-Beuve appelait « les immenses baudruches de Monsieur Victor Hugo. » ↩
- En termes littéraux : « Gott zur Ehre. Der Gemeinde zum Segen. Unter dem Schutze des Hohenzollern ». ↩
- Ainsi Schlageter, que nous avons fusillé, était simplement un bon et courageux patriote. Démonstration : qu'on renverse les rôles et les situations ; et qu'en le supposant français et de ce côté-ci de la frontière, on ose contester que les supra-nationalistes français ne lui auraient pas voté une statue. De même Krupp que nous avons emprisonné, était simplement un bon citoyen qui a eu raison de nous résister et de contrecarrer les exigences des envahisseurs de son pays ; car il est évident encore une fois qu'en supposant intervertis les rôles, nous n'aurions pas eu pour lui assez d'encouragements patriotes et de chauvinisme encenseur. ↩
- Si, par exemple, Mussolini avait échoué, on se demande, dans ce pays des couteaux tirés, ou tout au moins du ricin, ce qui lui serait arrivé. Mais comme il a réussi, tous les Rois de l'Europe, — ceux qui restent —, en présence de son propre Souverain dont il a été le supplanteur, lui serrent affectueusement la main. ↩
- Un Chrétien n'a pas le droit moral, comme certains y prétendent, de se mettre « au-dessus de la mêlée » ; et tout le labeur artificiel de ses raisonnements ne parviendra jamais, dans un tel cas, à faire taire en lui-même la réprobation insistante de son isolement. ↩
- Qu'alors des enfants, on peut dire, affrontent en gants blancs les balles qui vont ensanglanter leurs jeunes uniformes, la candeur du renoncement magnifique est un Baptême, et l'enthousiasme pur du sacrifice, sans nul doute le Sang de l'Expiation se mêlera au sang qui va jaillir de leurs glorieuses poitrines. Mais un officier, un père qui, au moment tragique, pense à ses enfants, si cet homme a réfléchi, s'il a pesé et mesuré l'inanité foncière des miroitements par lesquels, en exaltant l'amour-propre, la vaine gloire, l'attrait de l'honneur, et les incitations de la haine, il a vu, en des heures moins exigeantes, qu'on amorce le sacrifice, ce qu'il éprouvera s'il n'a lui-même d'autre recours qu'à ces choses-là, c'est, dans le sentiment du complet abandon de tout et de toute joie, celui du non droit absolu où ces fausses divinités à broyer son cœur dans la détresse morale et la ruine de ceux pour lesquels il était tout ; et, en lutte avec ces faux dieux, il se dressera et tombera, mais dans l'impénitence finale du stoïcisme de néant, et non sous l'auréole consolatrice d'un acte de Foi. ↩